LES HOMMES SOUFFRENT AUSSI DU TELETRAVAIL

Aujourd’hui, je souhaite écrire un article à contre-courant de ceux que l’on peut voir un peu partout. En particulier, je veux vous parler du fait que les Hommes souffrent eux aussi du télétravail.

On parle souvent des femmes et c’est vrai que ce sont elles les plus impactées par le télétravail. C’est un fait.

Mais je voudrais ici m’intéresser à ce que vivent aussi les Hommes depuis un peu plus d’un an maintenant.

Une enquête du Boston Consulting Group (BCG) réalisée avec l’Institut IPSOS sur 2002 personnes (50% de Femmes, 50% d’Hommes) a été présentée le 19 février 2021, quelques jours avant la Journée Internationale des droits de la Femme (8 mars 2021). Les chiffres publiés, relatant les difficultés et le mal-être des salariés et dirigeants, et en particulier ceux des Femmes ont largement été partagés dans les médias et en tant que Femme, cela m’interpelle évidemment.

Cependant, j’ai voulu creuser la question en épluchant ladite étude.

Ce que l’on connaît moins, ce sont les chiffres concernant les difficultés et le mal-être des Hommes, liés au télétravail.

Il faut savoir que :

  • 29% des Hommes ne disposent pas d’un espace isolé pour télétravailler (contre 38% pour les Femmes),
  • 19% des Hommes sont fréquemment interrompus pendant le télétravail _par les enfants, les tâches domestiques, les livraisons…_ (contre 28% pour les Femmes),
  • Environ 50% s’occupent autant des enfants que leur conjointe (encadrer le travail scolaire, accompagner/récupérer les enfants),
  • Environ 70% se chargent du bricolage,
  • Environ 50% sortent les poubelles.

Depuis la mise en place du télétravail, les Hommes travaillent plus et plus longtemps (les plages horaires sont de plus en plus extensibles), font de très courtes pauses déjeuner, voire pas du tout. Ils sont les parfaites cibles du « blurring » (effacement de la frontière entre la vie personnelle et la vie professionnelle). Ils connaissent également un épuisement mental et physique (sommeil perturbé, peu de temps de détente ou de repos, fatigue importante, manque d’énergie, les journées sont intenses et ça recommence chaque jour…). 50% des Hommes se déclarent anxieux (cela va d’une anxiété légère à une anxiété sévère) face à cette difficile conciliation des temps (contre 66% chez les Femmes).

Néanmoins, les Hommes sont moins touchés émotionnellement que les Femmes. Rien d’étonnant à cela, lorsqu’on sait que c’est difficile (impossible) pour un Homme d’avouer ses faiblesses, son mal-être, sa souffrance, de reconnaître avoir un problème, avoir besoin d‘aide et se faire accompagner. Quel aveu de faiblesse ! Car oui, depuis toujours, un Homme doit être fort, courageux, c’est lui le chef de famille, c’est lui qui porte les équipes vers la victoire, la réussite, c’est lui qui doit trouver les solutions aux problèmes, il sait (doit) s’en sortir seul, sinon il n’a aucun mérite…

Et pourtant, un Homme a autant besoin d’être aidé, accompagné, soutenu par les autres qu’une Femme.

Mais alors que faire ?

Je vous partage ici 7 conseils pour reprendre le contrôle de votre temps et de votre organisation et éviter le stress ou l’épuisement.

1) Bien définir vos temps personnel et professionnel et les partager avec vos proches ET vos collaborateurs. Personne ne peut deviner ce que vous avez en tête et ne connaît par cœur votre planning. Et vous y tenir. Car il est très facile de vous dire que vous pouvez bien continuer encore un peu ou finir puisque vous êtes à la maison, vous en avez juste pour 5 minutes (qui se transforment souvent en 30 min ou plus). Grave erreur ! Car vous n’aurez JAMAIS fini votre travail, vous trouverez toujours quelque chose à faire ou commencer, c’est un cercle vicieux et dangereux. Il faut couper court ! Dans le même esprit, conserver des horaires de travail fixes comme lorsque vous êtes au bureau et bien délimiter votre espace de travail.

2) Ne plus vous rendre esclave de votre téléphone, de votre messagerie ou de vos notifications. Toujours vous poser la question avant de répondre : « Si je ne réponds pas tout de suite, est-ce que c’est grave ? Quelles sont les conséquences (négatives) ? S’il y en a (c’est quand même rare), répondez, sinon cela peut bien attendre.

3) Eviter de blinder votre agenda sans prévoir de la souplesse, des temps de pause entre chaque tâche (dossiers, rendez-vous, réunions en visio, appel téléphonique). Le cerveau a besoin de pause avant de switcher sur une autre activité. Il s’agit également de faire face aux « petits grains de sable », ces fameux imprévus, qui arrivent tout le temps et vous mettent en difficultés ou dans le rouge.

4) Bien équilibrer vos temps de travail de fond (qui nécessite de la concentration) et les temps de réunion/appel téléphonique/rendez-vous. Gérer vos priorités (ce qui est important et/ou urgent). Déterminer votre biorythme (phase de concentration, phase de création, phase en communauté, phase de relâchement).

5) Essayer de faire court, simple et concis pour vos réunions, appels téléphoniques et rendez-vous. Annoncer la couleur d’entrée de jeu, c’est-à-dire préciser avant de démarrer la durée et rappeler l’ordre du jour (transmis quelques jours à l’avance). « Nous avons une heure de temps à passer ensemble (et pas plus), je vous propose d’aborder tels points, est-ce que cela vous convient ? ». Il y aura toujours des bavards, il faut rester maître du temps ou désigner un « gardien du temps », une personne que vous allez responsabiliser. Préciser s’il y aura un compte-rendu et qui le fait (idéalement impliquer une autre personne). Si vous n’êtes pas à l’initiative de la réunion, de l’appel téléphonique ou du rendez-vous, fixez les choses dès le début : « Nous sommes bien ensemble pour 1 heure, car je dois vous lisser à 15 heures précises… », « Nous allons bien aborder tels sujets ? ». Vous serez étonné de voir que les choses se passent bien mieux lorsque les règles du jeu sont précisées.

6) Prévoir des plages incompressibles de détente, ressourcement, repos obligatoire chaque jour et chaque semaine. Par exemple : aller courir tous les vendredis midi, faire une pause-café ou 30 min de marche tous les jours et totalement déconnecté (cela signifie sans appareil électronique : ni smartphone, ni tablette, ni ordinateur, sauf si vous voulez mettre de la musique).

7) S’obliger à prendre l’air tous les jours (marcher, aller acheter le pain, faire les courses…).

N’hésitez pas à vous faire accompagner si vous sentez que vous ne vous en sortez pas seul, il ne faut pas rester avec votre souffrance. Et même si l’ego peut en prendre un coup sur le moment, n’est-ce pas mieux que de faire un burn-out ?